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Netflix Bandersnatch : un essai réussi ?

Un Black Mirror dont tu es le héros

Le dernier épisode de Black Mirror : Bandersnatch, qui fait le buzz sur internet cherche à repousser plus loin les limites de la narration audiovisuelle linéaire.
Et, sincèrement, j’ai été plutôt agréablement surpris. L’épisode a intégré avec une certaine intelligence certains codes et trucs du CYOA (le livre dont vous êtes le héros), qui est son modèle d’inspiration

La fourche des choix de Bandersnatch
  • Si l’offre de choix reste toujours binaire : option A ou option B, elle s’intègre parfaitement à la narration de Bandersnatch. Stefan (le protagoniste), finira même par découvrir ce fameux symbole cryptique de la fourche des choix binaire proposés par le livre-jeu qui est censé inspirer son travail de game designer
  • Ce Black Mirror nous fait subir de multiples game over afin de trouver le bon chemin pour continuer d’avancer. Ces impasses frustrantes sont bien mises en scène avec les choix d’écran TV pour relancer la partie D’autant que les cinématiques préalablement déjà visitées (et donc identiques) sont passées en raccourci, c’est malin et c’est très sériel (les fameux récap des épisodes précédents au spectateur pour ne pas le perdre)
  • Surtout, Bandersnatch assume sa nature fictionnelle et illusoire. Il ébranle le 4e mur ! Quand le protagoniste/personnage jouable (Stefan) panique et crie qu’il se sent piégé comme une marionnette ! Que ce dernier lutte contre l’ordre que lui a donné le spectateur (se gratter l’oreille) ! Que celui-ci peut alors dialoguer via un écran avec Stefan ! C’est un pur moment de Fun ! Je ne m’y attendais pas et j’ai été très agréablement surpris
  • Le moment où le spectateur à ordonner des actions irréalistes et extrêmes : faire du Kung-Fu avec sa psy, tuer son père et l’enterrer dans le jardin ou le couper en morceaux… Là encore, la narration semble se moquer du réalisme, et flirte à nouveau avec le 4e mur

Un prototype qui demande à être amélioré

Est-ce pour autant un “sans faute” ? Personnellement, je ne le pense pas. En tant qu’utilisateur m’ont vraiment dérangé ou déçu.

  • Tout d’abord le problème de la technologie freine le passage à l’acte. J’ai tenté de regarder Bandersnatch sur ma tablette (IOS 9), mon PC (windows 8.1) et même mon petit laptop windows 10 : impossible. J’ai dû le regarder en ligne. Pour un abonné, je trouve ça décourageant. La prochaine fois, il faut vraiment que l’interactivité fonctionne sur beaucoup plus d’appareils. J’ai bien moins de difficulté à jouer à des jeux mobiles ou steam avec mon matos
  • Cet épisode est vraiment plaisant, à mon sens, parce qu’il se met en abîme, la narration joue avec les codes du CYOA et avec le 4e mur. Mais ce thème ne marchera pas une seconde fois, l’effet de surprise sera passé. Il faudra trouver un nouvel angle tout aussi malin et cohérent avec le dispositif et/ou le parcours du personnage jouable
  • A propos du 4e mur, je reste finalement un peu sur ma faim. Je m’attendais à ce que l’épisode aille plus loin, efface la frontière invisible et dévoile à Stefan comme au spectateur les coulisses de l’expérience interactive. En somme, une version digitale du Truman Show. Cette scène n’apparaît que dans une fin cachée (au lieu de choisir de frapper la psy, Stefan tente de passer par la fenêtre : ce n’est pas vraiment une fin canonique avec les crédits de fin). D’autant qu’on ne retrouve pas ce détail dans les autres fins : ce n’est donc pas le message ou l’intention de l’épisode
  • Je trouve justement qu’il manque une résolution globale, une leçon qui, même si elle est variée dans sa mise en scène, nous dévoile le sens caché de cet opus. Bandersnatch ne nous indique pas (implicitement bien entendu mais clairement malgré tout) quel serait le statut du protagoniste de cette fiction (un humain, un être imaginaire, un avatar de pixel, un clone, un acteur amnésique?…) et la place du spectateur dans l’expérience (un voyeur, un spectateur, un sujet d’expérimentation pour Netflix ou le P.A.C ?…)
  • Même si c’est un acquis des jeux type Telltale, le choix par défaut de l’utilisateur s’il refuse ou il tarde à valider l’une ou l’autre option m’a déçu dans ce récit-là. Pour moi, sans explication donné par le jeu, cela n’était pas cohérent avec l’idée que mon input (de spectateur) soit nécessaire pour faire avancer l’histoire, ça cassait le jeu malsain entre l’utilisateur et son avatar. J’aurai préféré un truc de genre : l’écran se fige, Stefan tremble ou s’énerve parce qu’il se sente incapable d’agir (faute d’ordre donné)… Bien entendu, ça coûte plus cher, il aurait fallu trouver une cinématique réexploitable en toutes circonstances

Y aura-t-il un autre Bandersnatch ?

Au vu du succès médiatique : Bandersnatch a été très vite relayé et analysé par de nombreux journaux , il fait également le buzz sur les réseaux sociaux, ce qui veut dire que le public l’a streamé en masse; l’essai est réussi. M’est avis que les datas seront plutôt positives pour Netflix, qui va donc vouloir confirmer l’essai. Est-ce une bonne idée ?

Pourquoi pas, à condition de trouver un nouvel angle d’attaque et de corriger les petits ratés de ce premier essai, notamment le souci de la technologie et le choix du sujet. A propos du thème de l’histoire, justement, rien ne nous dit que le prochain épisode interactif de Netflix viendra de la série Black Mirror.

  • Et si Netflix gamifiait les prochains épisodes de Stranger Things ? Toujours, dans un style CYOA…
  • Ou si la plateforme américaine nous proposait d’incarner Takeshi Kovacz et de tirer à vue (à la manière de cet advergame pensé pour la montre Casio) sur les méchants pour la saison 2 de Carbone Modifié ?

Je m’avance pas mal, là, mais c’est pour illustrer mon propos. Personnellement, je pense que le prochain opus interactif de Netflix ne sera pas un épisode de Black Mirror. Mais alors quoi ? Je n’en sais rien

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Story Designer Story Teller Narrative Designer Auteur de mauvais genres

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