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les 6 étapes de l’écriture d’un scénario BD

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script de Yakari – Job & Derib, Le Lombard

L’écriture de scénario BD

Quand on parle de scénario pour la BD, on pense évidemment au travail d’écriture pour le cinéma ou la TV. Or, il faut bien comprendre que, dans la BD, la collaboration entre le scénariste et le dessinateur n’est pas du même ordre. Alors qu’une production audiovisuelle est lourde et implique beaucoup de personnes, pour une BD, il s’agit essentiellement d’un échange entre le scénariste et le dessinateur, et, éventuellement le coloriste. On est bien plus dans un rapport d’intimité et de complicité.

En outre, le standard franco-belge qui impose un format fixe de 46 pages, oblige à beaucoup de rigueur de la part des auteurs, qui doivent s’assurer de caler leur narration dans ces 46 pages : ni plus ni moins. C’est pourquoi le travail de découpage est partagé entre le scénariste et le dessinateur.
Ce qui n’est pas le cas dans l’audiovisuel : le scénariste se contente de suggérer, par la description, les plans envisagés.

La symbiose entre scénario et dessin est en effet essentielle dans la BD. N’oubliez  pas non plus que les textes (cartons et dialogues du scénariste) vont de pair avec les images (les illustrations du dessinateur).

Pour autant, la BD n’a pas vraiment un process bien établi quant à la rédaction des scénarios. Certains auteurs, qui sont également dessinateurs, envoient directement des storyboards à ces dessinateurs : on y trouve les esquisses des pages, des cases et les bulles de texte. D’autres envoient de simples propositions de découpage la page. Enfin, d’autres envoient des scripts qui ressemblent au modèle audiovisuel : découpage en séquence, description, dialogue. En résumé, cela dépend, tant des habitudes du scénariste, que celles du dessinateur, voire de leur méthode propre de collaboration.

Scénario BD : les 6 étapes

La réalisation de planches BD prend environ un an. L’écriture de son scénario : quelques mois. Il y a un décalage incompressible entre les deux activités. Même si le scénario peut se faire au fur et à mesure de l’avancé du dessin, il est forcément premier.

Si le dessinateur n’illustre pas plus d’une BD dans l’année, le scénariste BD, s’il veut en vivre, travaille sur plusieurs projets en même temps. Il devient rapidement utile, voire indispensable, pour le scénariste, de fractionner le travail global d’écriture en tâches intermédiaires, de plus petite taille.

L’intérêt pour le scénariste est d’avancer pas-à-pas dans l’écriture tout en ne perdant pas de vue la vision d’ensemble (de l’album, voire de la série). Intérêt double, car cela permet au scénariste de jongler avec ses autres activités : d’autres scénarios, des cours d’écriture, des animations artistiques, des piges, etc.

Je ne vous propose LA METHODE d’écriture de scénario BD, puisqu’il n’y en a pas réellement, mais celle qui m’est propre, celle que j’ai mise au point avec le temps. Cela fait presque 20 ans que j’écris des scénarii pour la BD.

J’ai fini par scinder mon processus d’écriture en 6 étapes intermédiaires. 6 étapes qui se suivent dans la chronologie et marquent le travail de maturation du projet, du projet à la livraison finale. 6 étapes qui me permettent d’aller encore un peu plus loin dans la scénarisation d’une BD.

  1. synopsis
  2. séquencier
  3. découpage
  4. continuité (non dialoguée)
  5. dialogues
  6. polissage

Voyons désormais plus précisément ce qu’elles signifient

1) scénario BD : le synopsis

Une idée ou un pitch permet de vendre un concept mais ne suffit pas quand il s’agit d’approfondir le sujet : d’aborder sa concrétisation. Il faut désormais se mettre d’accord sur l’histoire à raconter. C’est le synopsis, un résumé assez précis de l’histoire. Il permet aux auteurs (et à l’éditeur) de valider le projet dans ses grandes lignes narratives.

Un synopsis est chronologique, il présente l’histoire telle qu’elle se déroule objectivement. Il fait environ 3 ou 4 pages pour un album de 46 pages.

2) le séquencier

Le synopsis est maintenant validé. Le scénariste et le dessinateur partagent désormais une vision, une histoire en commun : le synopsis. Le scénariste se doit d’aller plus loin : proposer au dessinateur une version plus scénarisée de cette histoire, le séquencier.

Le séquencier est l’intention de narration, le déroulé de la narration au public. Ce document explique comment le lecteur va lire/découvrir l’histoire. Contrairement au synopsis, une narration n’est pas forcément chronologique. C’est un choix des auteurs : comment veulent-ils raconter leur histoire à leurs lecteurs ?

Le séquencier liste la succession des scènes qui vont s’enchaîner dans l’album. C’est également l’occasion pour le scénariste de proposer une première version du découpage de l’album : telle scène = 3 pages par exemple, telle autre scène 2 pages, etc.

3) le découpage

Les auteurs sont maintenant d’accord sur le déroulé narratif. Le scénariste va encore plus loin et propose cette fois le découpage page par page, case par case. Il réalise le découpage de l’album.

Le découpage détermine la forme et le rythme de la narration, l’articulation entre texte et image. Le séquencier comme le découpage sont des étapes essentielles dans la collaboration des auteurs. Ils matérialisent leur vision de la dramatisation de l’histoire : la mise en scène, l’artistique (graphisme) et le littéraire (textuel). Je rappelle que la BD est un médium hybride, i.e. un livre qui exploite conjointement les conventions de la littérature et de la dramaturgie.

4) la continuité (non dialoguée)

Les auteurs ayant validé le travail de mise en scène, ne reste plus au scénariste qu’à écrire son script, ce qu’on appelle en audiovisuel, la continuité dialoguée. Personnellement, je segmente ce travail en deux sous-parties, car j’utilise un gabarit de script propre à la BD. Je scinde mes pages de scénario en deux colonnes : description (le visuel) et dialogues (les bulles et les textes off).

Le travail d’écriture BD, je le répète étant contraint par le format fixe (le nombre de pages et la taille de la page), je m’assure d’abord de bien dérouler la narration page après page.

Même si les étapes de séquencier/découpage ont bien préparé mon travail, il peut y avoir des surprises (c’est trop petit ou trop grand), je peux aussi avoir de nouvelles idées. Il faut se laisser la possiblité d’ajuster son tir. N.B. Réécrire une bulle n’est pas aussi long que redessiner une case.

5) les dialogues

Maintenant que la continuité (le visuel) est posée, je me concentre sur le littéraire : les bulles. Elles viennent en dernier. Elles n’ont d’utilité que parce qu’elles clarifient la narration, lui donnent plus de force ou de nuance. Si je sépare la rédaction des dialogues de la description c’est parce qu’elle ne sollicite pas mon cerveau de la même manière. Quand j’écris des dialogues, je veux être dans le flow de la narration, dans la tête des personnages. Je ne veux plus trop me préoccuper des questions de cadrage, de mise en scène, du visuel quoi.

Comme vous vous en rendez compte, mon travail de dialoguiste n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il est pourtant significatif : c’est lui qui, au yeux du public, matérialisera mon empreinte dans l’album.

6) scénario BD : le polissage

J’ai désormais le scénario au complet, en tout cas, un premier jet. Il ne reste plus qu’à le relire et le polir jusqu’à ce qu’il soit le plus efficace possible. Dans les faits, je passe surtout du temps à retravailler les dialogues. Il faut qu’ils sonnent justes, qu’ils s’enchaînent bien, qu’ils ne soient pas trop long, qu’ils soient lisibles (qu’on devine le sous-texte sans trop de difficulté).

Je dois être le premier satisfait de la lecture du script avant de l’envoyer au dessinateur.

Une 7e étape ?

Pour être tout à fait honnête, mon travail d’écriture ne s’arrête pas là. J’accompagne le dessinateur jusqu’à la fabrication de l’album. Lui, le coloriste ou l’éditeur me fait part de ses doutes, de ses suggestions. Il m’arrive, après la livraison du script, de devoir encore retoucher le texte. L’idée étant d’arriver à un résultat qui fasse l’unanimité auprès des auteurs, le bonheur de son éditeur et le plaisir de ses lecteurs.

À la différence des 6 précédentes phases, celle-ci ne dépend pas de moi, mais des retours de mes collaborateurs. C’est pour cela que je ne la compte pas dans la liste. Il s’agit pas ici de méthode personnelle d’écriture, mais de prendre en compte les avis des ses interlocuteurs.

Pour finir, j’espère que ce témoignage vous aidera à (mieux) écrire vos scénarios et n’hésitez pas à me partager dans les commentaires votre propre méthode d’écriture BD.

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Scénariste, Romancier - roman, BD, jeunesse, jeux, jeux vidéos Professeur de scénario et de storytelling interactif Auteur de mauvais genres - Policier, Fantasy, Fantastique, Science Fiction

6 Comments

  1. Merci pour cet article très intéressant.
    J’aurais aimé apporter un élément supplémentaire qui m’a beaucoup aidé, c’est la documentation !
    Si elle permet d’ancrer le récit dans une réalité historique, elle permet aussi d’apporter de nouvelles idées qui peuvent faire avancer ou débloquer le scénario et ceci à n’importe quelle étape de son écriture… plutôt au début quand même ;-). Je préfère plutôt la doc rédigée par des spécialistes, elle est souvent plus rude mais elle évite le côté romancé des faits historiques, un côté qui me gêne souvent .

    • C’est vrai. Tout dépend après de son ancrage dans une réalité contemporaine, historique ou symbolique.
      Certaines de mes histoires m’ont demandé plus de recherches que d’autres. Paradoxalement, j’ai passé plus de temps à faire des recherches sur une série de Fantasy que sur un récit policier.

  2. Très intéressant, très clair, merci ! Une question toutefois : j’ai plusieurs récits et nouvelles en réserve qui pourraient, j’en suis sûr, faire d’excellents scénar’ 🙂 mais je ne dispose que de peu de contacts dans l’univers de la BD, alors peut-on envoyer des projets, de façon spontanée, aux éditeurs ? Sont-ils demandeurs, et susceptibles, ensuite, lorsqu’un synopsis leur tape dans l’oeil, de trouver un dessinateur intéressé pour poursuivre l’aventure ? Merci !

    • Bonjour.
      Je te remercie pour l’intérêt que tu portes à mon travail.
      Au risque d’être défaitiste, je t’avoue qu’il y a peu de chances qu’un éditeur lise le scénario “on spec” (spontané) d’un auteur “hors de leur base de donnée”. Le milieu BD fonctionne à la confiance et privilégie les scénaristes déjà confirmés.
      Après de multiples tentatives malheureuses, j’ai pu, parce que j’ai fini par m’allier aux bonnes personnes (dessinateurs, scénaristes, directeur de collection) publier ma première BD.
      Si tu veux percer en tant que scénariste, il va te falloir du courage et de la persévérance : rencontrer un jeune dessinateur motivé par ton scénario et convaincre ensuite un directeur de collection de ta “valeur ajouté” dans votre projet. Le risque, sinon, est que ton dessinateur, s’il est vraiment talentueux, intéresse un éditeur mais, sans ta contribution.
      D’autant que le marché de la BD s’est tendu : les éditeurs prennent moins de risques.
      Bonne chance
      Ronan

      • Merci pour ces deux réponses très instructives … J’ai déjà eu ” un pied dedans ” avec un éditeur qui étant assez fan de ce que j’écrivais a cherché un dessinateur pour transformer un de mes récits en BD … Malheureusement ça ne s’est pas fait. Je voulais réitérer l’expérience sans son aide, mais effectivement, à vous lire, cela semble compliqué. Tant pis : à la place, j’écrirai un best seller 🙂 !

  3. Bonjour,
    je me permets de partager mon expérience : avec mon frère on baigne dans la BD depuis notre enfance en dessinant tous les jours de notre vie. Mon frère a réussi à signer en tant que dessinateur un premier projet BD il y a 6 ans. On a ensuite présenté un projet en commun, lui aux dessins, moi au scénario. Pas de signature mais les retours des éditeurs étaient positifs tout de même avec de nombreux conseils pour progresser. Mon frère a fait évoluer son dessin et s’est construit un style “jeunesse” qui a fait mouche : illustrations roman jeunesse et il a présenté 3 planches sans histoire. Plusieurs éditeurs, dont l’un qui nous convenait, ont répondu positivement et voulaient donner suite si mon frère présentait un scénario valable. Il m’a proposé de participer à l’aventure et voilà comment j’ai pu signer mon premier contrat en tant que scénariste.
    Le dessin prime avant tout ! Présenter un scénario sans dessinateur, j’ai l’impression que c’est mission impossible. Les éditeurs, avant de lire quoi que ce soit, regarde les planches finalisées.
    Le dossier de mon frère, à la base, ne contenait que 3 planches finalisées, 10 lignes de texte et un background. Pas de persos, pas de recherches graphiques. Il a bien sûr fallu fournir cela par la suite et le contrat n’a été signé qu’à la fin de ce travail plus étoffé.
    Conclusion : pour un éditeur 2 choses très importantes : le dessin et le sujet abordé qui doit être porteur et d’actualité c’est-à-dire qu’il doit correspondre à une attente de l’éditeur.

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