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TV : le scénario d’un épisode 4 ou 5 actes ?

Comment écrire le script d’un épisode TV

Le scénario d’un épisode de série télévisé, même s’il répond aux mêmes fondamentaux du scénario, possède sa syntaxe et sa grammaire propre. Cela vient du fait de la rationnalisation de la production (télévisuelle) qui a ses contraintes. Des impératifs qui ne sont pas ceux de l’industrie cinématographique.

Les spécificités du format télévisuel

Un film (de cinéma) se termine avec le générique de fin. Tandis qu’une série TV, elle, va s’étirer dans la durée. D’ailleurs (à de rares exceptions près), la série n’a pas de fin écrite à l’avance. Il faut donc penser la narration de la série, des saisons et des épisodes comme des briques qui s’emboîtent les unes dans les autres.

En outre, et cela vient plus particulièrement du modèle économique des chaînes américaines, on découpe un épisode plusieurs en actes. Cela découle de son modèle de diffusion : gratuit et financé par les coupures publicitaires qui découpent l’épisode en 4 ou 5 actes narratifs. Cette contrainte ne s’applique pas réllement en France. Pourtant, elle pèse sur l’écriture du scénario, car elle force les auteurs à créer du rythme et de la diversité. C’est ce qu’on appelle une contrainte créative (elle dynamise la création). D’ailleurs, elle est si stimulante qu’elle influence également la conception des séries des chaînes privées, payantes (Canal +, HBO, Netflix).

La grammaire du scénario TV

Le scénario de série TV a donc son propre vocabulaire, qui définit sa structure type, son formatage. 4 ou 5 actes, le séquençage (découpage de l’épisode en scènes) et les sous-intrigues (entrelacées)

4 ou 5 actes ?

Comme je l’ai dit plus haut, la narration d’un épisode TV (sur les chaînes traditionnelles US) est rythmée par les coupures pub. On appelle alors chaque segment de l’épisode avant la coupure pub : un acte. Un épisode d’une heure (publicité incluse) est articulé autour de 4 ou 5 actes.

Le Teaser
  • le Teaser (facultatif) : pas toujours présent dans un épisode TV. Il se situe avant le générique. C’est une manière assez frontale d’introduire d’emblée le conflit, l’enjeu. Le récit commence (avant même que les crédits démarre)… Le public est plongé immédiatement dans le bain. C’est la cas d’une série comme Dr House ou New York Police Judiciaire. Le récit commence avec le problème : une urgence médicale ou la découverte d’un assassinat
  • Le générique (si Teaser) : le Teaser se clôt sur l’événement perturbateur qui lance l’intrigue. Avant que l’épisode ne mette en scène les personnages et l’action, le show embraye avec le générique. Ce qui laisse le spectateur dans l’attente, le questionnement (c’est qui ? c’est quoi ? Pourquoi ? Comment ?). Le public est normalement accroché, c’est le but du Teaser (l’acquisition, l’engagement)
  • l’Acte 1 (obligatoire) : commence une fois le générique fini. S’il n’y a pas de teaser, l’Acte 1 a pour fonction d’introduire le conflit. Ensuite, il permet de lancer l’action, de mettre les personnages en mouvement. Il sert également à préciser le contexte : où, quand, quoi, qui ?
  • l’Acte 2 (obligatoire) : les personnages sont pleinement confrontés au problème. Ils commencent à réagir, à adopter une attitude qui doit leur permettre de le résoudre.
    Mais il est encore trop tôt pour que cela marche… Le cliff de l’acte 2 nous fait comprendre que les protagonistes font fausse route
  • l’Acte 3 (obligatoire) : il correspond au point le plus bas de l’intrigue. Les personnages sont dans l’impasse, la confusion. La situation a empiré : ils sont abattus, vaincus, prisonniers.
    L’Acte 3 se termine généralement par cliff (un semblant d’échec ou de statu quo)
  • l’Acte 4 (obligatoire) : heureusement, le spectateur assiste à un retournement de situation. Les personnages ont soudain une révélation, ils reprennent confiance, désobéissent aux ordres, tirent une leçon de leur erreur (de l’Acte 3). Ils parviennent in extremis à vaincre l’adversité, battre l’antagoniste (l’antagonisme si leur ennemi n’est pas une personne physique)
  • l’Acte 5 (facultatif) : parfois, un épisode TV prend également le temps de raconter l’épilogue. Ce qui permet de mieux dénouer les fils narratifs (les fameuses intrigues entrelacées, cf section plus bas)
    Dans ce cas précis, l’Acte 4 s’est terminé par un cliff (que le scénariste va résoudre dans l’Acte 5)
Les post-its d’un épisode TV

Post-it et scènes

Chaque acte (teaser compris) est découpé en scènes. On associe à chaque scène une ligne ou deux qui le résume, un post-it. Pourquoi ?

  • Parce que le script TV a besoin de respirer, de créer un rythme, une cadence
  • Un épisode TV doit accrocher le spectateur dès le teaser (ou l’acte 1) et lui donne envie d’aller au bout (le dissuader de zapper sur un autre programme, un autre contenu)
  • La série raconte plusieurs mini-récits au sein d’un même épisode (cf. la section suivante) et que l’épisode alterne, d’une sous-intrigue à l’autre (pour ne pas ennuyer le spectateur)

A, B, C : des intrigues entrelacées

Un épisode télé déroule plusieurs histoires : A, B, C. Si chaque récit a droit à son code (et même sa couleur sur le post-it) : A, B ou C, c’est qu’il renvoie à une intrigue différente.

  • l’intrigue A : est l’intrigue principale de l’épisode en question. Elle correspond à l’enjeu déclenché pendant le teaser ou au début de l’Acte 1
  • l’intrigue B : est l’intrigue secondaire de l’épisode. Elle s’attache en général à l’un des personnages principaux de la série (ou de la saison)
  • l’intrigue C : renvoie à un arc narratif plus long, en général, un enjeu qui couvre la saison en entier. On l’on appelle également le “méta-arc”

Voilà, c’est tout pour cette fois. J’espère qu’après la lecture de ce billet, vous serez incollable sur la narration des séries TV…

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Story Designer Story Teller Narrative Designer Auteur de mauvais genres

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