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série BD : 3 genres particuliers 2/2

Les nouvelles formes de sérialité

Se sont développés récemment trois modèles originaux de narration sérielle : la micro-série, le spin-off et la série concept. Qu’est-ce qui distingue ces trois nouveaux genres de série ? Pourquoi ont-ils le vent en poupe ?
Ce sont des modèles compatibles avec la volatilité de plus en plus accrue de du lectorat. A l’ère de l’économie de l’attention, il est important pour les éditeurs et les auteurs d’innover, de réinventer de nouvelles formes de narration sérielle plus agiles, plus immersifs, plus engageants. Regardons-ça plus en détail…

1) La micro-série

Je l’ai déjà évoqué dans un précédent article, mais il est bon de le rappeler. la micro-série permet de satisfaire l’envie de fédérer et fidéliser une communauté (grâce à « l’effet série ») tout en minimisant le risque commercial à l’ère de l’économie de l’attention. Les éditeurs publient des récits BD en deux tomes (diptyque) ou trois tomes (triptyque).

On comprend alors l’aspect pragmatique de la démarche. Si le public n’est pas au rendez-vous, l’expérience s’arrête là, l’éditeur et les auteurs ne se sont investis que le temps de 2 ou 3 tomes. Si le succès est au rendez-vous, il est plus rassurant (sur le plan commercial) de relancer un nouveau cycle de 2/3 tomes (voire plus), qui se déroule dans le même univers et/ou avec les mêmes personnages, que de créer une nouvelle série en partant de rien.


Vervisch /Lamy, HellWest : une micro série de western fantastique en 2 tomes

En outre, il est plus facile pour l’éditeur de gérer également le rythme de publication. Au contraire d’une série longue qui n’en finit plus ou tarde à se conclure. À titre d’exemple, il s’est écoulé 14 ans entre le premier tome de Peter Pan et le 6e et dernier volume. La micro-série peut se déployer sur une ou deux années, au grand maximum. On peut d’ailleurs faire le parallèle entre la micro-série et la saisonnalité d’une série TV. Si le public accroche, on commande une nouvelle saison.

2) Le Spin-off

Meyer/Dorrison (Vance, Van Hamme,), XIII Mystery

Certaines séries cultes finies, la pression du public et des éditeurs font que la série principale se décline ensuite en une arche secondaire. C’est ce qu’on appelle un spin-off : un récit dérivé d’une série (principale ou série mère). C’est l’occasion d’en apprendre plus sur l’univers, sur l’histoire d’un personnage secondaire ou le passé du protagoniste. Le spin-off n’est pas forcément l’oeuvre des auteurs de la série mère. Il est pensé comme une extension de l’univers du récit originale, une adaptation de l’arche principale.

Chaque tome de la série XIII Mystery s’attarde sur un personnage secondaire de la série principale : la Mangouste, Little Jones, Betty Barnowsky. Chaque album réunit un nouveau couple scénariste/dessinateur.

Alors que le cycle Avant l’Incal rassemble Alejandro Jodorowsky & Zoran Janjetov, Final Incal réunit Jodorowsky & José Landrönn (qui reprend le travail du défunt Moebius). Avant l’Incal, comme son titre l’indique, raconte l’histoire de John Difool avant les événements de la série mère de Jodorowsky & Moebius. Final Incal reprend l’intrigue là ou elle s’était arrêtée dans la série mère. Final Incal est alors qualifié de sequel : l’arche narrative se situe après le récit initial (L’Incal). Quant à Avant l’Incal , il s’agit d’un préquel : il raconte l’histoire avant les faits (définis par la série mère).

3) La Série concept

Pour pallier les faiblesses d’une série feuilleton dont l’espace d’attente entre chaque parution s’étend de trop, les éditeurs franco-belges ont apporté une esquisse de solution, propre au marché européen, qui reste attaché au modèle d’auteur.

Ailleurs, ce sont les éditeurs qui ont la main sur la direction de la série. Aux USA, les auteurs sont embauchés pour travailler sur une licence qu’ils n’ont pas initiée, un personnage déjà existant : Daredevil, The Fantastic Four, Luke Cage, Superman… Au Japon, l’auteur principal se fait ensuite aider d’une petite équipe, un studio de 2 à 6 assistants, qui lui permet de tenir des cadences serrées, pour ne pas dire infernales.

Les éditions Glénat ont ainsi été les premiers à concevoir et renouveler ce modèle de « série concept ». À l’origine, il y a un auteur qui définit le cadre : le concept, le décor, les personnages, l’arche narrative globale. Il est ensuite chargé de rédiger l’ensemble des scénarios. Mais, comme il travaille avec différents dessinateurs, l’ensemble des albums va pouvoir paraître dans un l’espace d’une seule année. C’est le cas de Le Décalogue, scénarisé par Frank Giroud. Le Triangle Secret est une variante de ce modèle. Didier Convard a écrit le scénario complet et confié les pages de chaque album à différents dessinateurs, en fonction du cadre temporel (antiquité, moyen-âge, aujourd’hui…). La série Destins, toujours chez Glénat, est plus ambitieuse. Elle rassemble 12 scénaristes et 13 dessinateurs autour de Giroud, qui supervise l’ensemble : un récit composé de 14 albums. À chaque fin d’album, Ellen, la protagoniste, se trouve face à deux choix, les conséquences de chaque choix étant exploitée dans les 2 tomes suivants.

Peru/Bileau (Istin), Elfes

Enfin, chez les autres éditeurs, on trouve également des propositions de ce type. Chaque album est composé et réalisé par un tandem d’auteurs différents, supervisé par le scénariste principal de la série. Les Elfes, paru chez Soleil, en est un très bon exemple. Chaque album est réalisé par un couple scénariste/dessinateur différent et raconte une histoire, qui fait partie du même univers, celui des Elfes.

Enfin, on trouve des séries plus anthologiques dans leur fond et leur forme. Chaque album n’a comme point commun que de traiter d’un thème ou d’un genre défini. La série Sept chez Delcourt en est un parfait exemple. Chaque album, qui associe un scénariste et un dessinateur, a pour seule obligation de raconter les aventures d’un groupe de sept protagonistes : 7 Psychopathes, 7 Pistoleros, 7 Clones,7 Mages, 7 Nains… On voit bien ici que le cadre, le ton, l’époque, le genre varie énormément d’un livre à l’autre.

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Story Designer Story Teller Narrative Designer Auteur de mauvais genres

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