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Lettres de Sibérie : l’effet Marker

Chris Marker

Chris Marker

Chris Marker nous donne une leçon d’audiovisuel

 

 

 

 

Chris Marker : un regard et une voix

Je vous ai déjà parlé de Koulechov et de sa démonstration : une image prend sens selon qu’on l’associe à telle ou telle image, qui la précède ou la suit. C’est le pouvoir du montage et du découpage. Les images deviennent des séquences qui forment une scène et véhiculent une signification, une émotion.

Dans le même registre Chris Marker tourne en dérision la volonté d’objectivité du documentariste. Car, derrière « l’objectif » de la caméra, il y a une voix et une regard. L’auteur…

Lettres de Sibérie

Chris Marker (de son vrai nom Christian Bouche-Villeneuve) réalise en 1957 un documentaire sur son voyage en Sibérie : Lettres de Sibérie. La section la plus connue de son reportage est celle où il s’amuse à commenter, en voix off, la même séquence d’images, selon trois registres :

  • Une première version qui vante la gloire et la suprématie du modèle collectiviste soviétique
  • Une deuxième version qui, au contraire, dépeint la Sibérie soviétique comme un cauchemar, un enfer de glace, peuplés de monstres
  • Une troisième version, plus neutre, qui cherche à retranscrire au plus près la simplicité des images et des personnes capturées par l’objectif

 

 

Les trois commentaires sont tous pertinents. Ils collent à ces mêmes images et n’envoient pourtant pas le même message. Que cherche à nous démontrer Chris Marker ?
« Que les mots peuvent faire dire tout ce qu’on veut aux images« , ou presque. L’objectivité est un rêve impossible.

 

Le documentaire est une oeuvre de création, l’oeuvre d’un auteur. Le documentaire est donc, à ce titre, une narration. Elle est au service d’une intention : celle de son auteur.

La narration n’est pas objective, elle est une vision (subjective) de la réalité. Ceci est vrai pour les a priori. Si l’on considère l’ex-URSS comme un gigantesque goulag, on ne pourra s’empêcher d’accompagner ces images de commentaire négatifs. Et inversement, si on a une vision idéalisée du communisme soviétique.

Vous voilà prévenus. La narration (audiovisuelle, BD, jeu vidéo) dépend autant du choix des images que l’on associe les unes aux autres (Koulechov), que du texte (voix, off ou non) et du son (musique, sound design). Tous ces éléments : images, sons, textes, dialogues, se conjuguent les uns aux autres pour créer la narration, le message que fait passer l’auteur : son intention.

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Scénariste, Romancier - roman, BD, jeunesse, jeux, jeux vidéos Professeur de scénario et de storytelling interactif Auteur de mauvais genres - Policier, Fantasy, Fantastique, Science Fiction

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