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L’effet Koulechov : exercice de narration séquentielle

 

L’effet Koulechov

koulechov

Koulechov donne une leçon de cinéma

Lev Koulechov (1899-1970), réalisateur et théoricien de cinéma russe aurait été le premier à démontrer que la signification d’un plan dépend de celui qui lui est associé, avant ou après.
L’esprit humain a besoin de donner du sens aux choses. Il est capable d’attribuer une intention dramatique à un plan relativement ambigu, dès lors que celui le précède ou le succède est lui-même empli d’une certaine charge émotionnelle.

Mais à quoi sert cet effet?

Une leçon de montage

Koulechov aurait récupéré un gros plan de l’acteur Ivan Mosjoukine, qu’il aurait ensuite associé à trois autres plans de nature différente :

  1. une assiette de soupe
  2. une jeune fille dans un cercueil
  3. une femme étendue, plutôt lascive, sur un canapé

Les spectateurs auraient alors salué la performance de l’acteur, capable d’exprimer successivement :

  1. la faim
  2. la tristesse
  3. le désir

En réalité, le gros plan de Mosjoukine étant le même chaque séquence, le public aurait été dupé par la juxtaposition de ce gros plan avec les 3 autres. Ce qui donne du sens à ce gros plan assez neutre, c’est le montage : i.e. choisir d’associer ce plan à un plan plutôt joyeux, triste ou sensuel.

J’utilise le conditionnel : on n’a pas retrouvé de preuve (copie, négatif) de cette expérience. On peut néanmoins facilement la reproduire. D’ailleurs, je vous propose cette vidéo (de reconstitution), qui prouve la pertinence de l’effet mis en lumière par le cinéaste russe.

Une leçon de découpage

Pour autant, la démonstration de Koulechov ne s’arrête pas au cinéma ou à la vidéo. Ce que le cinéaste met à jour est que la narration séquentielle crée du sens, là ou il n’y en a pas a priori.
C’est quoi ce charabia? Je veux dire que l’effet Koulechov s’applique également à la Bande Dessinée, au roman photo, au turbomédia, à la Bande Défilée et à tout autre medium utilisant la narration en images (associées les unes aux autres).

En clair, l’effet Koulechov ne s’applique seulement au montage, processus propre à l’audiovisuel, mais au découpage, processus associé à tout art visuel qui utilise la narration sous forme de séquence (juxtaposition de plans, d’images fixes ou animées).

La preuve. L’effet Koulechov marche également sans son ni animation :

Démonstration par Sir Alfred Hitchcok

Démonstration par Sir Alfred Hitchcock

L’effet Koulechov : le public se trompe-t-il de sens?

Non, pas du tout. La leçon à tirer de cet effet de découpage n’est pas que l’esprit du spectateur s’égare dans l’interprétation de la narration par son auteur.

C’est l’inverse. L’auteur, par un découpage bien choisi, est capable de créer du sens avec des images qui n’ont pas forcément. C’est lui : l’auteur, qui trompe le public et non le contraire.

Finalement, ce que le cinéaste nous apprend est que l’image dit avant tout ce que son auteur veut lui faire dire. C’est-à-dire son intention. L’intention prime sur la narration.

L’effet Koulechov nous rappelle, une nouvelle fois, qu’une narration n’est jamais neutre ou ambiguë, elle dépend de l’intention (consciente ou inconsciente) de son auteur.

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Ronan Le Breton

Ronan Le Breton Scénariste, Romancier - roman, BD, jeunesse, jeux, jeux vidéos Professeur de scénario et de storytelling interactif Auteur de mauvais genres - Policier, Fantasy, Fantastique, Science Fiction

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